Les villes de Fumay et de Haybes doivent leur renommée à l’ardoise. Ces deux communes également connues sous l’appellation « Cité de l’Ardoise » et « Haybes la Rose », demeurent une référence lorsque l’on évoque en Ardenne, l’histoire du schiste ardoisier. Des toitures aux teintes nuancées de rose et de bleu, aux entrées d’anciennes ardoisières ou bien encore aux nombreux verdeaux que l’on trouve dans le paysage, tout un patrimoine contribue encore à la spécificité et à la beauté de ce territoire.

Lorsque l’on passe à Fumay, comment ne pas remarquer la splendide fresque en béton, ardoises et pierres de Georges Armand Favaudon; Suprême hommage rendu aux ouvriers ardoisiers appelés « Les Scailleteux ».

Dur labeur que celui de ces hommes qui, éclairés par des lampes à carbure, travaillaient dans des galeries souterraines afin d’extraire la matière première.

Les craboteurs intervenaient en tout premier lieu. Ces hommes creusaient l’excavation qui allait permettre d’atteindre le banc d’ardoise à exploiter. On imagine aisément l’endroit humide et mal aéré… la poussière soulevée par les coups de pics…

Les coupeurs passaient ensuite à l’ouvrage. Ces ouvriers taillaient et dégageaient le banc de schiste, le rendant ainsi prêt à son abattage. Là encore, il faut s’imaginer la poussière que chaque coup d’outil faisait jaillir de la roche. Les tranchées, d’où le coupeur devait dégager le bloc étaient parfois si profondes, que l’ouvrier coupeur pouvait disparaître complètement dans celle-ci et allait parfois même jusqu’à manquer d’air.

Les mineurs devaient ensuite faire sauter l’immense bloc d’ardoise. Avec un long foret dit « barre à mine », le mineur creusait des trous profonds dans les joints de stratification du schiste. Une fois les mines posées… il les faisait sauter. Alors que le bloc se détachait lourdement dans un bruit de détonation infernale pour venir s’écraser lourdement au sol… la poussière régnait toujours en maître.

Puis, les débiteurs, comme leur nom l’indique, devaient débiter le bloc d’ardoise en dalles pouvant aller jusqu’à 80kg, pour pouvoir les remonter ensuite à la surface (à dos d’homme, puis par la suite dans des wagonnets). L’escalier devait être bien pénible à remonter… Imaginez… à l’ardoisière Sainte-Anne de Fumay, il y avait plus 1500 marches à gravir. Les scailleteux ne pouvaient être qu’épuisés par cette dure ascension qui durait au moins 1/2 heure.

Une fois les blocs d’ardoise remontés à la surface… intervenaient alors les fendeurs. Ces ouvriers divisaient à nouveau les blocs en morceaux plus petits. Le fendeur utilisait un ciseau d’acier graissé. Après avoir calé le « sporton » entre ses sabots, il enfonçait le ciseau, à l’aide d’un maillet de bois, au milieu de l’épaisseur, divisant ainsi le bloc en deux parties. Il reprenait ensuite chaque bloc, qu’il ouvrait de nouveau en deux, puis renouvelait l’opération jusqu’à ce qu’il obtienne l’épaisseur désirée.

Ultime étape avant le stokage, le façonnage aussi appelé « la taille ». Autrefois façonnées à la main, les ardoises furent par la suite tranchées par des machines. Machines appelées « découpoirs » lorsqu’il s’agissait de fabriquer des modèles rectangulaires ou « moules » lorsqu’il s’agissait de faire des ardoises de forme non rectangulaire.

Quel dur labeur que celui de nos scailleteux ardennais, auxquels je me devais de rendre hommage aujourd’hui.


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