Ardoise

Fumay est une commune française, située dans le département des Ardennes et la région Champagne-Ardenne. On l’appelle « la cité de l’Ardoise » en référence aux nombreuses ardoisières qui firent la richesse de cette ville au XIXe siècle.

L’ardoise, un souvenir impérissable

Malgré la cessation d’activité des ardoisières de Fumay dans les années 1900, 1971 plus précisément pour la dernière. Le souvenir de l’ardoise, qui fit la prospérité de la ville, reste présent. Aujourd’hui encore il est possible de voir les vestiges de ce passé, sur les maisons, mais également par la présence d’ardoisières, malheureusement interdites aux visiteurs par mesure de sécurité.

Il vous suffit d’arpenter les rues de la ville et d’ouvrir les yeux sur ce qui ne vous entoure pour le constater. L’ardoise était principalement utilisée pour les toits mais aussi à la construction de nombreuses maisons. Promenez vous le long du quai des Carmélites et vous découvrirez de jolies maisonnettes typiquement « fumacienne », aux toits d’ardoises bleutées ou violines. Outre les façades constituées d’ardoises, d’autres éléments sont caractéristiques de l’habitat « fumacien ». L’accès à la cave directement sur la rue depuis une trappe située à même le trottoir que l’on appelait communément «tape-cul». Mais aussi l’éclairage des combles par des petites baies de forme carrée et la présence d’une imposte qui surmonte la porte d’entrée.

La rue des Rochettes vous en dit long sur le passé ardoisier de la ville de Fumay. Cette rue fermée d’un escalier et creusée dans l’ardoise révèle l’entrée condamnée d’une ancienne ardoisière appelée «Ardoisière des Rochettes»

Le passé ardoisier ne se laissant pas oublier, vous remarquerez aussi ce que les Scailleteux appelaient «un verdeau». L’extraction et la fabrication de l’ardoise produisaient beaucoup de déchets. Environ 80% de l’ardoise extraite était ainsi déversée sur des terrils, appelés localement « verdeaux ».

 Tous ces vestiges et souvenirs du passé nous rappellent l’importance de l’ardoise au XIXe siècle mais surtout ce que pouvait être le dur métier d’ardoisier.

Un métier dangereux et contraignant

Le métier de « scailleteux », terme utilisé à l’époque pour parler des mineurs du schiste, s’effectuait dans des conditions assez difficiles bien souvent au péril de leurs vies.

Les ouvriers étaient divisés en deux catégories.

Ceux du fond qui extrayaient la roche:

Le CRABOTEUR qui creusait une excavation pour atteindre le banc d'ardoise à exploiter. Ce travail de crabotage se faisait dans un endroit humide et mal aéré, au milieu de la poussière soulevée par les coups de pics, et dans une position fort gênante, puisque le craboteur devait se coucher et ramper (ou au moins se tenir à genoux) pour effectuer son travail.

Le COUPEUR  qui taillait et dégageait le banc de schiste, le rendant ainsi prêt à son abattage. Il travaillait et respirait au milieu des poussières que chaque coup d'outil faisait jaillir de la roche. Les tranchées, d'où le coupeur devait dégager le bloc, étaient quelquefois si profondes, que l'ouvrier  disparaissait complètement dans celle-ci et où il lui arrivait même parfois de manquer d'air? 

Intervenait alors le MINEUR, pour abattre, faire sauter l'immense bloc d'ardoise qui tenait encore avec un long foret dit « barre à mine ». Quand les mines étaient prêtes, il faillait les faire sauter. Le bloc d’ardoise se détachait alors dans un bruit de détonation infernale soulevant une masse de poussière. Une étape des plus dangereuses pour les « scailleteux » risquant de se faire écraser ou contractant la schistose, maladie provoquée par une pénétration importante dans les poumons de poussières d’ardoises .

Le DEBITEUR lui, débitait le bloc d'ardoise en dalles de 44 à 80 kg, pour pouvoir les remonter ensuite à la surface, et ce à dos d'homme, puis par la suite dans des wagon. Dans certaines ardoisières, comme à Sainte-Anne par exemple, il y avait plus de 1 500 marches à remonter? les ardoisiers ne pouvaient être qu'épuisés par cette pénible ascension qui durait au moins ½ heure.

et ceux de la surface qui la façonnaient:

Le Fendeur divisait à nouveau, à l’aide d’un ciseau d’acier long de 40 à 60 cm, les blocs en morceaux plus petits jusqu'à l'obtention de feuillets à l'épaisseur désirée.

  • 2 mm.5 pour les ardoises demi-fortes
  • 3 à 5 mm pour les modèles forts
  • 4 à 6 mm ou 6 à 8 mm pour les ardoises destinées à la couverture des « Monuments Historiques »

L’ultime étape était appelée « la taille ». Ces feuillets, qui jadis, étaient façonnés à la main, sont maintenant tranchés par des machines appelées « découpoirs » lorsqu’il s'agit de dégrossir l'ardoise ou de fabriquer des modèles rectangulaires, et « moules » lorsqu'il s'agit de terminer les ardoises de forme non rectangulaire. Les ardoises ainsi terminées étaient stockées sur parc, rangées par 100 ou par 250.

Une fresque qui rend hommage au travail des « Scailleteux » et qui représente les différentes phases de ce métier fut sculptée par Georges-Armand Favaudon et est visible au c?ur de la ville de Fumay.

Je terminerais cet article en vous citant quelques vers, extraits d’un poème de Fabien Bertrand, auteur-compositeur interprète et poète ardennais.

De nos jours au vieux temps où la montagne fumait
loin des faubourgs sculptant les ombres citadines
méandre de la Meuse, courbant alors sa ligne
dessine nonchalamment mon origine, Fumay

De ses toits en ardoises et de ses vieilles carrières
une histoire près des bois s’est écrite en silence
de ses rues de ses pentes se déroule un mystère
que de vies là, en bas, muettes dans l’éloquence

Au loin on aperçoit la pointe de la chapelle
le quartier du Charnois, mon enfance, mes souvenirs
l’école qui n’est plus là, mais que je vois encore
était un Château Fort, en ses douves un trésor

Extrait de son recueil « les Ardennes, un oeil, une Plume » , édité par l’association « Livre d’Hors ».

Si vous voulez découvrir ce poème en entier et d’autres poèmes de Fabien Bertrand sur l’Ardenne, ce recueil est en vente à l’Office de Tourisme val d’Ardenne.

Source: « Les itinéraires du Patrimoine » (Fumay), réalisé par la direction régionale des Affaires culturelles de Champagne-Ardenne.

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